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Rhodopsine et la phototransduction

Auteur: Pascal Branchereau , Centre de Neurosciences Intégratives et Cognitives (CNIC) , Université Bordeaux, France

URL: http://www.incia.u-bordeaux1.fr/
courriel: pascal.branchereau@u-bordeaux1.fr

Parcours: Licence BCP, module SVI532

reddot La vision est la modalité sensorielle ayant le plus évolué au cours de la phylogenèse. Elle représente chez l’homme le système sensoriel le plus développé. Ainsi, sur les 3 millions de fibres sensorielles répertoriées chez l’homme, 2 millions sont issues des yeux.

reddot La fonction visuelle consiste à déduire, à partir des images rétiniennes, une représentation tridimensionnelle du monde extérieur. Ceci est rendu possible grâce à l’œil, récepteur biologique de la lumière (radiation électromagnétique visible) et donc des images. Ce système optique qui a souvent été comparé à un appareil photographique est composé d’un diaphragme (pupille), d’un système de lentilles (cornée, humeur aqueuse, cristallin, humeur vitrée), et d’une pellicule (rétine). La rétine est formée d’un réseau de cellules organisées en couche, la couche la plus externe étant composée des photorécepteurs. Ceux-ci sont de deux types : les cônes qui sont activés par des stimuli de forte intensité (lumière du jour, condition photopique) permettent la vision des couleurs alors que les bâtonnets sont capables de détecter des stimuli de très faible intensité (condition scotopique). La sensibilité des bâtonnets est extraordinaire : les travaux de Hecht et al. (1942) impliquant des sujets humains ont permis d’estimer qu’un bâtonnet peut être excité par un simple photon et que l’excitation de 5 bâtonnets par un photon peut engendrer une sensation visuelle. Des enregistrements électrophysiologiques in vitro de bâtonnets ont confirmé la sensibilité quantique des photorécepteurs : un courant (positif) proportionnel à l’intensité lumineuse est enregistré lors de l’illumination d’un bâtonnet (voir figure 01A) et lorsque des flashes de très faible intensité (condition scotopique) sont appliqués le courant fluctue de manière quantique (voir figure 01B).

Figure 01: Détection de la lumière par un bâtonnet de crapaud Bufo marinus. A : réponses à un flash d’intensité croissante. Le flash (appliqué au temps t=0s) évoque un courant transitoire dont l’amplitude augmente pour atteindre une intensité saturante (longueur d’onde 50nm, durée du flash 20 ms). D’après Hodgkin et al. J. Physiol. 1984.
B: réponses quantiques d’un seul bâtonnet de singe Macaca fascicularis à des flashes (traits verticaux sous les tracés) en condition scotopique. L’amplitude du courant unitaire de 0,7pA correspond à la détection d’un seul photon. D’après Baylor et al. J. Physiol. 1984. Enregistrements de courant (pA) obtenus en configuration voltage imposé.

reddot Au sein des cônes et des bâtonnets, c’est un mécanisme de phototransduction qui permet la conversion de l’énergie lumineuse en message nerveux, ceci grâce à l’utilisation de pigments rétiniens localisés sur la membrane des disques du segment externe des photorécepteurs (voir figure 02).

Figure 02: localisation du pigment rétinien au niveau de la membrane des disques du segment externe du photorécepteur. A gauche : molécule de rhodopsine composée de l’opsine, 7 hélices a et du chromophore, le 11-cis-rétinal, au centre. La partie N terminale glycosylée de l’opsine est présente au niveau de la face interne du disque (surface intradiscale, SId) alors que la partie C terminale qui possède plusieurs sites de phosphorylation (P) émerge sur la face cytoplasmique du segment externe (surface cytoplasmique, SCy). A droite : une coupe longitudinale de bâtonnet avec les disques et leur membrane (MD). SE : segment externe ; SI : segment interne. D’après Pierre Buser et Michel Imbert, Vision, Herman, Paris.

reddot Le mécanisme de phototransduction au sein des cônes est très similaire à celui rencontré dans les bâtonnets même si il diffère en termes de spécificité des couleurs. Le pigment rétinien des bâtonnets est la rhodospine (Rh) alors qu’il existe trois types de pigments au niveau des cônes et ainsi trois types de cônes selon leur maximum de sensibilité (bleu 420 nm, vert 530 nm et rouge 560 nm). Ces trois pigments sont, comme la rhodopsine, composés d’une molécule sensible à la lumière appelée chromophore, le 11-cis-rétinal, qui est inséré par une liaison covalente à une protéine à 7 segments transmembranaires insensible à la lumière, l’opsine (figure 02). C’est au niveau de l’opsine qu’on trouvera les différences entre les 3 pigments des cônes et celui des bâtonnets : pour les cônes on parle d’iodopsine S (Short wavelenght pour les cônes bleus), M (Middle wavelenght pour les cônes verts) et L (long wavelenght pour les cônes rouges), alors que pour les bâtonnets, on parle de rhodopsine. Nous allons maintenant aborder les mécanismes moléculaires sous-tendant la phototransduction au niveau des bâtonnets.

reddot Au niveau du chromophore, la lumière induit, par une isomérisation, le passage cis à la forme tout-trans (forme la plus stable) du rétinal. Ce passage qui se fait en un temps <200 fs induit le déplacement de la jonction opsine-chromophore. Dès lors s’ensuit une série de réactions chimiques (12 étapes) qui aboutissent à la formation de métarhodopsine II ou rhodopsine photoactivée (Rh*) et à une séparation de l’opsine et du chromophore (après quelques millisecondes). Ce dernier est transformé en rétinol tout-trans qui est transporté au niveau des cellules de l’épithélium pigmentaire (via le transporteur protéique IRBP, interstitial retinol binding protein) pour y être converti en rétinal 11-cis (intervention de l’isomérase Rpe65, retinal pigment epithelium-specific protein 65kDa). Le rétinal 11-cis repasse ensuite au niveau du segment externe du photorécepteur (via IRBP) pour se lier à nouveau à l’opsine. A noter que les cellules de l’épithélium pigmentaire stockent l’ester de rétinol 11-cis (qui sera transformé en rétinal 11-cis) et donc constituent une réserve de rétinal 11-cis.

reddot Nous avons vu que le signal lumineux capable d’activer le photorécepteur est très faible. Aussi, il faut un système d’amplification. Entre 1964 et 1967, les premières mesures électrophysiologiques intracellulaires réalisées sur des bâtonnets de vertébrés ont montré qu’à l’obscurité le récepteur est dépolarisé (en voltage imposé, on enregistre un courant entrant permanent, environ 17pA sur la figure 01A) et que la lumière hyperpolarise le récepteur (le courant entrant se ferme et on atteint le niveau 0 courant si l’intensité du flash est saturante, cf. figure 01A) (1). Il est important de noter que cette réponse diffère des réponses dépolarisantes que l’on rencontre dans le reste du système nerveux central lorsqu’un neurone est activé.

reddot A l’obscurité, c’est un courant entrant permanent de cations (Na+ et Ca2+) affectant uniquement le segment externe du photorécepteur qui est responsable de la dépolarisation du potentiel de membrane du photorécepteur. Il y a donc ouverture d’un canal cationique à l’obscurité : canal que l’on peut qualifier de lumière sensible (voir figure 03). Ces canaux lumière sensibles vont se refermer en présence de lumière et entraîner une hyperpolarisation car les canaux de fuite restent actifs au niveau du segment interne engendrant une sortie de cations et ainsi une hyperpolarisation (voir figure 03).

Figure 03: Principaux mouvements cationiques à travers la membrane plasmique d’un bâtonnet à l’obscurité. Une boucle de courant correspondant à l’entrée de cations au niveau du segment externe par les canaux lumière sensibles et à la sortie de cations au niveau de canaux de fuite localisés sur le segment interne est responsable du courant d’obscurité.

reddot Le fait que la rhodopsine soit située sur les disques alors que les canaux cationiques sont au niveau de la membrane plasmique du segment externe indique qu’il existe un mécanisme intracellulaire qui assure la liaison entre les deux : c’est un mécanisme de second messager impliquant le guanosine-3’-5’-monophosphate cyclique ou cGMP. C’est en effet le cGMP qui est capable d’ouvrir directement les canaux cationiques lumière-sensibles du segment externe.

reddot Voyons comment l’activation de la rhodopsine par la lumière modifie la concentration de cGMP et donc l’ouverture/fermeture des canaux lumière-sensibles. Lors d’une illumination l’activité de la phosphodiesterase (PDE6A) augmente ce qui entraîne une chute de la concentration intracellulaire en cGMP ([cGMP]i) car la PDE6A hydrolyse le cGMP en 5’-GMP. Cette augmentation est due à la transducine (GNAT1) qui est une protéine G (on l’appelle GT) composée de 3 sous-unité : αΤ, βΤ et γΤ. Lors d’une illumination, R* active la sous-unité αΤ préalablement liée à du guanosine diphosphate (GDP) et entraîne l’échange du GDP avec du guanosine triphosphate (GTP) et ainsi la formation de αΤ-GTP. Ce dernier se sépare des sous-unités βΤ et γΤ et active la PDE qui hydrolyse le cGMP en 5’GMP et conduit à la fermeture des canaux d’obscurité.

reddot En sachant qu’un seul photon peut entraîner la fermeture de 3% des canaux ouverts dans l’obscurité, on peut penser que même une illumination modérée doit être capable de d’engendrer la fermeture de tous les canaux lumière-sensibles. Ainsi, un phénomène de saturation doit rapidement s’installer en présence de lumière. Cependant, l’œil humain est capable de détecter des différences d’intensité lumineuse, même en présence d’une lumière ambiante d’intensité élevée. Il doit donc exister un mécanisme d’adaptation qui réduit l’amplification de telle sorte qu’il existe toujours des canaux ouverts lorsque l’éclairement de fond est élevé. Une composante importante des mécanismes d’adaptation à travers laquelle la sensibilité est ajustée en fonction de la lumière ambiante repose sur l’activité GTPasique de la sous-unité αΤ de la transducine qui hydrolyse le GTP lié à αΤ en GDP conduisant au retour du complexe αΤ-GDP. La concentration cytosolique de Ca2+ joue également un rôle prépondérant. En effet, le Ca2+ qui entre dans le segment externe a un effet négatif sur l’activité de la guanylate cyclase (2), enzyme qui permet la production de cGMP à partir de GTP et un effet positif sur l’activité de la PDE. Aussi en cas d’illumination, moins de Ca2+ entre dans la cellule du fait de la fermeture des canaux lumière-sensibles et donc l’activité de la gyanylate cyclase est moins inhibée ce qui entraîne une augmentation de la [cGMP]i et donc une réouverture des canaux cationiques. Enfin, il faut noter que R* s’inactive rapidement via (a) la rhodopsine kinase qui est activée par les sous-unités βΤ et γΤ et qui phosphoryle R* et ensuite via (b) une autre protéine appelée arrestine (ARRB1) qui reconnaît le site phosphorylé et prévient l’interaction avec la transducine (GT). Ainsi le phénomène de phototransduction s’atténue considérablement et des canaux lumière-sensibles peuvent s’ouvrir à nouveau.

(1) Chez les invertébrés, les photorécepteurs répondent à un flash lumineux par une dépolarisation.
(2) via une interaction avec la protéine guanylate cyclase activating.

Pour plus d’information :
Rhodopsine : http://fr.wikipedia.org/wiki/Rhodopsine
phototransduction: http://depts.washington.edu/ophthweb/KPgraphpic.html

 

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Last Updated March 11, 2012 9:15 PM | admin news